Piquet de grève

13 03 2008

Une des choses qui étonnent à l’UQÀM – en tout cas, qu’on ne retrouve ni à McGill ni à l’Université de Montréal – c’est la propension des étudiants à se mettre en grève pour tout et n’importe quoi. Enfin, j’exagère quand je dis «tout et n’importe quoi». En réalité, il y a des enjeux importants. La plupart, voire toutes les universités du Québec sont endettées, et il y a un bras de fer régulier entre le gouvernement et les universitaires (étudiants, professeurs et personnel) pour le gel des frais de scolarité, le maintien de programmes et de postes d’enseignement. Mais si le phénomène est exacerbé à l’UQÀM, c’est sans doute à l’origine de cette université.

L’Université de Montréal et McGill sont des établissements anciens. L’UQÀM, elle, est née à la fin des années 1960 (comme la SFU à Vancouver), en pleine période de transformation sociale au Québec : la révolution tranquille faisait sauter de nombreux carcans, l’État Providence était à son apogée, et le réseau des Universités du Québec (Montréal, Chicoutimi, Trois-Rivières…) est né d’une volonté on ne peut plus louable de démocratiser l’enseignement supérieur. Ce fut également l’époque de la création des cégeps, ces établissements spécifiquement québécois qui font la jonction entre l’enseignement secondaire et l’enseignement supérieur. Un des domaines dans lesquels l’UQÀM est très réputée, c’est justement celui des sciences sociales. Il en découle logiquement une sensibilité importante aux débats de société et un enthousiasme à passer à l’action par des manifestations et autres. Et comme l’université fonctionne sur des bases démocratiques, si lors de l’assemblée générale d’une association facultaire la majorité vote en faveur d’une grève estudiantine, cela se produira nécessairement. Le problème, c’est que lors des assemblées générales et rassemblements les informations arrivent de toute part, ce qui entraîne souvent un problème de cohérence et les étudiants finissent par perdre de vue les raisons pour lesquelles ils votaient au départ. Il suffit alors qu’une minorité d’agitateurs soient là et animent la session et la grève est votée.

On constate d’ailleurs que selon les facultés, la propension à voter en faveur de la grève varie. Cela fait plusieurs semaines que la Faculté des Sciences Sociales est en grève pour protester contre le plan de redressement économique de l’UQÀM (je crois qu’ils ont commencé de manière préventive) et je sais que la grève s’est étendue aussi aux Facultés de Sciences Politiques et Art Visuel. Hier s’est tenue notre assemblée, celle de la Faculté des Langues et de Communication. Curieusement, alors que nous autres étudiants sommes les premiers informés des décisions prises (bien avant les professeurs) cette fois-ci rien n’avait transpiré. Je suis allée en cours ce matin en soupçonnant qu’il pourrait y avoir grève, mais sans confirmation. Et en effet, nous n’étions que trois étudiantes, comme par hasard les mêmes qui n’ont jamais les informations sur ce qui se déroule dans notre bac, donc il y avait grève. J’ai du mal à croire que les 60 autres personnes de notre cours aient toutes assisté à l’AG, mais toujours est-il qu’elles savaient, et pas nous. La question est de savoir ensuite si cette grève a été votée pour la semaine ou bien de manière illimitée. Si c’est le cas, on pourrait revivre la situation de 2005 où les grèves ont duré plusieurs semaines, ce qui a bouleversé l’organisation d’une session.

BO de l’instant : W. A. Mozart – Requiem en Ré mineur K 626 – Recordare.


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4 réponses

15 03 2008
Sylviane

Cet article donne un point de vue extérieur intéressant sur le fonctionnement d’une Université québécoise.

15 03 2008
selkaen

Je précise que c’est à présent officiel, notre faculté est en grève «de manière illimitée». Reste à voir comment tournent les événements.

17 03 2008
RMK

Boah ca te fait des vacances :) .

17 03 2008
selkaen

Je peux effectivement utiliser ce temps pour préparer davantage mon audition.

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