J’ai bien l’intention d’utiliser mon blogue pour parler de sujets qui m’intéressent et me tiennent à coeur, même si j’avais un lectorat peu intéressé – ou une absence de lectorat. Et la musique me tient à cœur, Mozart entre autres et ses opéras. Donc vous êtes prévenus, non-amateurs d’opéra s’abstenir. J’ai choisi de m’intéresser à trois personnages en particuliers – Chérubin, Don Giovanni et Don Alfonso – car pour moi d’une certaine façon ils ne font qu’un : c’est le même personnage qu’on retrouve dans les trois œuvres issues de la collaboration entre Mozart et Da Ponte à des âges différents, en quelque sorte. Cette idée n’est pas neuve ou originale puisque Kierkegaard l’a déjà abordée dans son ouvrage philosophique Ou bien… ou bien centré sur la figure de Don Juan (le Don Giovanni de Mozart) mais évoquant, je crois, ses avatars dans Les Noces et Così (non, je ne l’ai pas lu, peut-être le ferai-je prochainement) mais j’avais aussi envie d’y mettre mon grain de sel et éventuellement quelque contribution personnelle. Cela me paraît l’endroit idéal pour le faire, c’est purement gratuit, pas de professeur d’université auquel j’aurais à rendre des comptes et qui me noterait.
Chérubin – ou Cherubino sous la plume de Da Ponte et Mozart – est probablement un des personnages les plus émouvants de l’opéra. Nous avons des informations le concernant par l’intermédiaire de Beaumarchais qui a créé l’original, à savoir qu’il a treize ans et est apparenté à la Comtesse Almaviva dont il est aussi le filleul. Situation plutôt banale en elle-même que celle d’un jeune garçon atteignant l’âge de la puberté, et, sous l’effet de l’éveil des hormones commence à s’intéresser aux filles et à découvrir son propre pouvoir de séduction. Dans le cas de Chérubin, cependant, se dessinent déjà les contours d’un Don Juan juvénile dans le sens où, comme l’infatigable séducteur de Séville, il ne semble faire aucune différence entre ses objets d’intérêt, les femmes : son désir se porte tantôt vers la toute jeune Barberine (ou Fanchette chez Beaumarchais), tantôt vers Suzanne ou la Comtesse, de jeunes femmes, certes, mais de plusieurs années ses aînées, et même à Marceline, qui pour être «fille» – du moins jusqu’à son mariage avec le docteur Bartholo, n’en est pas moins une «vieille» ! Ce n’est pas sans évoquer l’air du catalogue chanté par Leporello dans Don Giovanni, aria burlesque dans laquelle le valet décrit les amours de son maître : «Non si picca se sia ricca, se sia brutta, se sia bella, purché porti la gonnella» (Peu lui importe qu’elle soit riche, laide ou belle, pourvu qu’elle porte jupe). Don Giovanni ne planifie que peu, il abandonne un plan de conquête pour aller spontanément courir après l’inconnue qui aura croisé son chemin (Donna Elvira). De même, Chérubin passe de l’une à l’autre sans calcul aucun, guidé uniquement par la spontanéité de ce qu’il ressent : parti rejoindre Barberine au jardin, il aperçoit la Comtesse déguisée en Suzanne et tente de saisir l’occasion. Tiens, tiens… notre exalté Chérubin serait-il à l’instar du Don Giovanni de Mozart plus amoureux de l’amour et des nouvelles sensations qu’il lui apporte que de Barberine, Suzanne ou même la Comtesse (ceci plus dans Mozart que dans Beaumarchais) ? Mais là où le fameux séducteur en série peut soit fasciner (surtout à travers la musique de Mozart !) soit horrifier par sa stature monumentale et en perd une bonne partie de son caractère humain pour rejoindre le mythe – entretenu par le catalogue consignant 2065 conquêtes à en croire l’annaliste Leporello, il ne le fait que pour cela ! – Chérubin nous émeut par son humanité, l’innocence qu’il n’a pas encore perdue. La candeur de ses aveux durant l’acte I, son émoi quand il se retrouve devant sa marraine, sa terreur face au Comte, et le surprenant mélange d’audace et d’une certaine rouerie ldont il fait preuve pendant le dernier acte.
Mozart a merveilleusement mis justement ces aspects du personnage, cette candeur en musique. Chérubin est un rôle féminin, un de ceux que les anglophones appellent trouser roles, chanté généralement par une mezzo-soprano bien que la distinction soprano/mezzo-soprano soit plus récente que les considérations de l’époque de Mozart et que des sopranos lyriques légers comme Suzanne Danco aient aussi joué la partie. Cela donne au personnage la voix plus aigüe d’un petit garçon qui n’a pas encore mué : sa transformation est en cours, elle n’est pas achevée. Le premier air, «Non so più cosa son, cosa faccio», par son apparent désordre formel (changements soudains de rythme des phrases et modulations, et ralentissement et reprise dans la coda) traduit parfaitement ce désordre émotionnel et aussi la naïveté qui le fait se dire devant une Suzanne bienveillante mais à l’image d’une grande sœur taquine. Le second air, une romance qu’il aurait écrite remplaçant avantageusement le texte naïf de celle qu’on trouve dans la pièce de Beaumarchais, a des aspects de sérénade (renforcés par l’accompagnement à la guitare). Chérubin surmonte peu à peu son émotivité. On le retrouve (mais uniquement en récitatif) en bien mauvaise posture à la fin de l’acte III, victime de l’ire du Comte, sauvé de justesse par la naïveté et l’étourderie de Barberine. Mais au lieu de disparaître ensuite, cet adolescent revient plus assuré que jamais, empli d’une nouvelle audace qui n’est pas loin de faire échouer les intrigues que les adultes ont nouées sans l’inclure : «Je sais pourquoi tu es ici !» lui lance-t-il malicieusement et tente de lui extorquer un baiser avant d’être chassé par le Comte.
Le fond du caractère de ce personnage est le même chez Beaumarchais et chez Da Ponte/Mozart. Toutefois, il y a de subtiles nuances qui ont un impact sur l’avenir qu’on imagine à Chérubin. Le Chérubin de Beaumarchais, de son vrai nom Léon d’Astorga, tout en étant en prise avec l’exaltation de la puberté, est clairement amoureux de la Comtesse. On sait d’ailleurs comment cela se termine : il mourra jeune à la guerre après lui avoir donné un enfant illégitime comme on l’apprend dans La mère coupable, troisième volet de la trilogie des aventures de Figaro et de la famille Almaviva. Il n’aura pas connu un destin de Don Juan. Cherubino – celui de l’opéra – à cet égard, me semble plus prometteur : il n’y a pas la même tension érotique entre lui et la Comtesse, qui est pleinement amoureuse de son mari et décidée à le reconquérir. Cherubino papillonne… La mise en scène de Ponnelle est très intéressante à bien des égards : lors du dernier finale, Cherubino semble enfin de compte avoir décidé de s’intéresser à Barberine (elle réellement amoureuse)… mais les derniers plans du film le montre se séparant d’elle et partir dans une autre direction après des gestes animés. Mon pronostic, tenant compte de tout le reste, est que ce jeune homme a peut-être bien 2065 conquêtes qui l’attendent sur sa route – dont éventuellement mille e tre en Espagne.
En guise d’illustration, une des interprètes de Chérubin les plus convaincantes que je connaisse, à la fois visuellement et par le chant, j’ai nommé Maria Ewing dans la version filmée de Jean-Pierre Ponnelle de 1979 dirigée par Karl Böhm, qui interprète le célébrissime «Voi che sapete». Apparaissent aussi dans la vidéo Mirella Freni dans le rôle de Suzanne et Dame Kiri te Kanawa en tant que Comtesse.
D’autres interprètes célèbres du rôles incluent entre autres Teresa Berganza, Susanne Mentzer, Frederica von Stade, Suzanne Danco, Fiorenza Cossotto et Cecilia Bartoli.
Lu sur le sujet : Le mariage de Figaro (Beaumarchais), le livret des Noces de Figaro, l’Avant-Scène Opéra portant sur l’œuvre en question, une biographie de Mozart parlant en détail de certaines de ses œuvres (mais je ne sais plus laquelle, il y en a un certain nombre chez mes parents) et encore d’autres choses… Ah oui, aussi, j’ai vu l’opéra un certain nombre de fois, en direct à l’opéra une fois, et diverses versions en vidéo. Je possède également les enregistrements de Kleiber (1955 avec Cesare Siepi, Hilde Güden, Lisa della Casa, Alfred Poell et Suzanne Danco) et de Giulini (1959, ma version favorite avec Giuseppe Taddei, Anna Moffo, Elisabeth Schwarzkopf, Eberhard Wächter et Fiorenza Cossotto).
BO de l’instant : avec la vidéo, je vous la laisse deviner.
C’est intéressant mais surtout accessible aux passionnés d’ Opéra. J’espère qu’il y aura aussi des anecdotes sur ta vie à Montréal , des photos et des possibilités de retourner sur rain city.
Ne t’inquiète pas, il y en aura. Mais comme l’opéra m’intéresse j’avais aussi envie d’en parler, cela me paraît un espace approprié puisque c’est mon blogue et que je ne fais de tort à personne en parlant de ce genre de sujet. D’ailleurs il me semble bien précédemment que tu m’avais dit que parler de mes opéras préférés pourrait être intéressant.
Pour Rain City, comme je l’ai dit, pour le moment je n’ai pas de solution. Je ne sais pas comment faire un transfert.
Wooohhhh !
Very interesting contribution and comments.
Thanks !
Pour raincity, j’ai toujours la base de données quelque part (infestée de spam dans les commentaires, donc, plus de commentaires… c’est pour ça que free avait suspendu le compte en fait), mais effectivement, ça peut être un poil relou à importer dans ce blog (regarde dans tes options d’administration si tu peux importer le contenu d’un autre blog, sous la forme de RSS ou mieux, de dump SQL peut-être)…
Sinon moi l’opéra, en effet, ça ne me parle pas trop.
Je peux importer sous forme de RSS, mais seulement certains types de blogues comme WordPress ou LiveJournal, etc. Rain City était du même type que WordPress mais hébergé sous Free donc je ne sais pas, est-ce qu’il y a un fichier de type WXR ? Car c’est par ce biais-là que je pourrais importer.
Quant aux spams, je nettoyais régulièrement la collecte de Spam Karma, et jusqu’à il y a 2 ou 3 mois quand le site a commencé à déconner ça ne m’avait jamais posé de problème. Je ne comprends pas bien.
grande aria da mezzo soprano,io ho un edizione di questa opera cantantata da Cecilia Bartoli,ma la mia edizione preferita resta sempre ‘Le nozze di figaro’ cantata dal grande Giorgio Tozzi nel ruolo di figaro io ho un raro lp di questa opera Fabi se riesco a metterla in formato digitale te la invio e sentirai che voce……………….un salutone Raffaele
Volentieri, tante grazie! Ma chi sono gli altri cantanti?